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Quand
elles sont vives, les émotions nous empourprent. Rougir signifie
désir, énervement, bouleversement, affolement du cur. Même
abstrait, le rouge traduit l'intensité des sentiments. Les artistes l'associent
souvent à la forme et à la surface pour exprimer des états
hautement émotifs.
Alfred
Pellan
Fillette à la robe bleue, 1941
© Succession d'Alfred Pellan / SODRAC
Dans Fillette à la robe bleue, le dossier rouge de la chaise joue un rôle central dans l'appréhension du sujet: le portrait d'une fillette qui a du cran. Ses barrettes et sa bouche pincée sont rouges et de minuscules points rouges brillent dans le coin de ses yeux. Est-elle mécontente ou insolente? Ce tableau est un bon exemple des qualités descriptives de la couleur. La sévérité du visage de la fillette et la raideur de sa pose sont accentuées par une palette dominée par le bleu et le rouge, les plans angulaires et les formes nettes. La marbrure bleue de l'arrière-plan et la bande rouge du dossier présagent le passage de Pellan à l'abstraction où il misera sur la couleur et la forme plutôt que sur la figuration pour la création du sens.
Fillette à la robe bleue, 1941
© Succession d'Alfred Pellan / SODRAC
Dans Fillette à la robe bleue, le dossier rouge de la chaise joue un rôle central dans l'appréhension du sujet: le portrait d'une fillette qui a du cran. Ses barrettes et sa bouche pincée sont rouges et de minuscules points rouges brillent dans le coin de ses yeux. Est-elle mécontente ou insolente? Ce tableau est un bon exemple des qualités descriptives de la couleur. La sévérité du visage de la fillette et la raideur de sa pose sont accentuées par une palette dominée par le bleu et le rouge, les plans angulaires et les formes nettes. La marbrure bleue de l'arrière-plan et la bande rouge du dossier présagent le passage de Pellan à l'abstraction où il misera sur la couleur et la forme plutôt que sur la figuration pour la création du sens.
Rita
Letendre
Tension sur le noir, 1963
Une forme noire aux angles aigues domine le cour de cette œuvre. Ses contours hachurées, cernés d'orange et de rouge où se mêle parfois du noir, marquent la gestuelle de l'artiste. Letendre est l'une des Automatistes, un groupe québécois basé à Montréal qui défendait avec passion ses préoccupations formelles et sociales et qui commence à les exprimer par l'abstraction vers la fin des années 1940. Robert Ayre, un critique d'art moderniste de Montréal, écrit: « L'ouvre de Letendre a toujours évoqué pour moi le travail géologique: les tremblements de terre, les failles, l'éruption du feu interne, le torrent écarlate de la lave en fusion, l'eau bleue immobile. » Le titre suggère une métaphore de la tension: couleurs et traits entaillent les formes pour révéler les forces en conflit. Chaudes et actives, les rouges et les oranges s'opposent au noir, une préférence que Letendre attribue à son patrimoine autochtone iroquois-abénaqui.
Tension sur le noir, 1963
Une forme noire aux angles aigues domine le cour de cette œuvre. Ses contours hachurées, cernés d'orange et de rouge où se mêle parfois du noir, marquent la gestuelle de l'artiste. Letendre est l'une des Automatistes, un groupe québécois basé à Montréal qui défendait avec passion ses préoccupations formelles et sociales et qui commence à les exprimer par l'abstraction vers la fin des années 1940. Robert Ayre, un critique d'art moderniste de Montréal, écrit: « L'ouvre de Letendre a toujours évoqué pour moi le travail géologique: les tremblements de terre, les failles, l'éruption du feu interne, le torrent écarlate de la lave en fusion, l'eau bleue immobile. » Le titre suggère une métaphore de la tension: couleurs et traits entaillent les formes pour révéler les forces en conflit. Chaudes et actives, les rouges et les oranges s'opposent au noir, une préférence que Letendre attribue à son patrimoine autochtone iroquois-abénaqui.
Carl
Beam
L'iceberg nord-américain, 1985
Carl Beam a créé un paysage culturel dominé par les tons de rouge. Ensemble, les figures et la couleur évoquent le passé sanglant du continent. L'artiste a photosérigraphié les images sur un grand support de plexiglas où il a assemblé des histoires individuelles dont il a ensuite fait des collages pour raconter à neuf la colonisation. Il a représenté des peuples autochtones en tenue traditionnelle qui se font assimiler. Puis, toujours sur le thème de la conquête, il a emprunté des photos journalistiques de l'assassinat d'Anwar Sadat et du lancement d'une fusée. S'ajoutent de multiples autoportraits qui associent son identité aux événements présentés. Le titre, L'iceberg nord-américain renvoie à L'iceberg européen, une exposition présentée en 1985 au Musée des beaux-arts de l'Ontario et dont l'objectif esthétique visait à signaler l'absence de représentation de l'art et du design contemporains italiens et allemands sur la scène mondiale. Beam a vraisemblablement modifié et politisé le titre pour mettre en évidence l'eurocentrisme qui a dominé la rédaction de l'histoire des Premières Nations.
L'iceberg nord-américain, 1985
Carl Beam a créé un paysage culturel dominé par les tons de rouge. Ensemble, les figures et la couleur évoquent le passé sanglant du continent. L'artiste a photosérigraphié les images sur un grand support de plexiglas où il a assemblé des histoires individuelles dont il a ensuite fait des collages pour raconter à neuf la colonisation. Il a représenté des peuples autochtones en tenue traditionnelle qui se font assimiler. Puis, toujours sur le thème de la conquête, il a emprunté des photos journalistiques de l'assassinat d'Anwar Sadat et du lancement d'une fusée. S'ajoutent de multiples autoportraits qui associent son identité aux événements présentés. Le titre, L'iceberg nord-américain renvoie à L'iceberg européen, une exposition présentée en 1985 au Musée des beaux-arts de l'Ontario et dont l'objectif esthétique visait à signaler l'absence de représentation de l'art et du design contemporains italiens et allemands sur la scène mondiale. Beam a vraisemblablement modifié et politisé le titre pour mettre en évidence l'eurocentrisme qui a dominé la rédaction de l'histoire des Premières Nations.
Claude
Tousignant
Paranoïde, 1956
© Claude Tousignant
Dans Paranoïde de Clause Tousignant, les couleurs posent une énigme. Quel rapport y a-t-il entre un pan de laque rouge brillante et mate pour carrosserie et une même surface de jaune vif avec le titre Paranoïde? La "paranoïa" est une perception disloquée de la réalité. Comment cet agencement de couleurs vibrantes exprime-t-elle cet état psychologique? La taille du tableau et la combinaison criarde de rouge et de jaune de cadmium suscitent un sentiment de paranoïa. Tousignant ouvrait au sein de la tradition moderniste dont l'objectif était l'application de la peinture pure sans référence aux objets. L'artiste veut nous faire penser à la relation entre l'abstraction et l'expérience, avec peut-être pour résultat de nous faire vivre un sentiment de paranoïa.
Paranoïde, 1956
© Claude Tousignant
Dans Paranoïde de Clause Tousignant, les couleurs posent une énigme. Quel rapport y a-t-il entre un pan de laque rouge brillante et mate pour carrosserie et une même surface de jaune vif avec le titre Paranoïde? La "paranoïa" est une perception disloquée de la réalité. Comment cet agencement de couleurs vibrantes exprime-t-elle cet état psychologique? La taille du tableau et la combinaison criarde de rouge et de jaune de cadmium suscitent un sentiment de paranoïa. Tousignant ouvrait au sein de la tradition moderniste dont l'objectif était l'application de la peinture pure sans référence aux objets. L'artiste veut nous faire penser à la relation entre l'abstraction et l'expérience, avec peut-être pour résultat de nous faire vivre un sentiment de paranoïa.
Mary
Pratt
Gelée de groseilles, 1972
© Mary Pratt
Le rouge attire l'attention sur cette scène plutôt banale de gelées qui refroidissent. Mary Pratt photographie ce genre de scènes pour les rendre plus tard en tableaux. La vivacité de l'éclairage et la prédominance du rouge s'unissent un instant pour magnifier cette activité domestique. L'artiste célèbre l'ordinaire: le brillant du papier d'aluminium, les reflets sur le verre, la fluidité du liquide rouge. Dans ce petit tableau, les thèmes domestiques évoquent des questions symboliques. Pratt participe aux traditions iconographiques de l'histoire de l'art, particulièrement celles de la Renaissance et de la nature morte où les objets ordinaires sont des métaphores de la vie et de la mort. La substance rouge fait allusion au vin et au sang. Gelée à première vue, cette substance dans le bol est peut-être une sorte de chair. Les petits pots, remplis à ras bord de conserves fraîches, risquent à tout moment de déborder. Dans Gelée de groseilles, Pratt parle de la fragilité de la vie.
Gelée de groseilles, 1972
© Mary Pratt
Le rouge attire l'attention sur cette scène plutôt banale de gelées qui refroidissent. Mary Pratt photographie ce genre de scènes pour les rendre plus tard en tableaux. La vivacité de l'éclairage et la prédominance du rouge s'unissent un instant pour magnifier cette activité domestique. L'artiste célèbre l'ordinaire: le brillant du papier d'aluminium, les reflets sur le verre, la fluidité du liquide rouge. Dans ce petit tableau, les thèmes domestiques évoquent des questions symboliques. Pratt participe aux traditions iconographiques de l'histoire de l'art, particulièrement celles de la Renaissance et de la nature morte où les objets ordinaires sont des métaphores de la vie et de la mort. La substance rouge fait allusion au vin et au sang. Gelée à première vue, cette substance dans le bol est peut-être une sorte de chair. Les petits pots, remplis à ras bord de conserves fraîches, risquent à tout moment de déborder. Dans Gelée de groseilles, Pratt parle de la fragilité de la vie.


















