La Madeleine repentante

Le lieu où une œuvre est installée impose fréquemment des contraintes visuelles pour l’artiste et pour la personne qui regarde l’œuvre. Certains personnages peuvent apparaître déformés si l’artiste ne conçoit pas son œuvre adéquatement. L’étude de La Madeleine repentante et de son ricordo démontre que Véronèse était conscient de ce problème. La partie supérieure du corps de La Madeleine repentante présente une certaine élongation afin de permettre à l’œuvre, une fois accrochée sur un mur latéral de la chapelle où elle était destinée, d’être appréciée sans que son corps ne paraisse déformé. L’élongation du torse de la Madeleine n’est pas visible dans le ricordo, ce dessin ayant été réalisé une fois l’œuvre achevée. La position du dessinateur et l’emplacement de la peinture dans l’atelier sont tels que le ricordo a intégré les contraintes visuelles du futur lieu d’exposition de l’œuvre. Un dessin qui illustre des déformations spécifiques à un lieu précis serait un outil moins utile pour l’atelier de l’artiste. Véronèse n’aurait pas voulu capter uniquement l’œuvre mais plutôt l’expérience spécifique vécue par le spectateur en regardant l’œuvre.

Bien que l’étude technique de la peinture ne révèle aucun procédé de report d’un dessin préparatoire, la forme de la Madeleine ainsi que certains détails ont été incisés dans le gesso humide. Cet aspect pourrait indiquer que Véronèse a utilisé un carton pour transposer l’image sur la toile. Ensuite, un dessin est réalisé à l’aide d’une peinture noire et épaisse. Lorsque cette dernière est sèche, les couches de peinture se succèdent et se superposent sur la surface de la toile. À chaque étape du dessin et de la peinture, l’artiste se permet de réajuster et de corriger certaines lignes et formes pour obtenir des résultats à la fois précis et dynamiques. Cette liberté d’adaptation permet d’affirmer que Véronèse est le principal auteur de l’œuvre et que rien n’indique une quelconque participation de l’atelier.

Afin d’en apprendre davantage sur le processus de création de La Madeleine repentante et des pratiques d’atelier, cliquez sur chaque image pour obtenir une courte description.

La Madeleine repentante
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Paolo Véronèse
La Madeleine repentante,
170 x 135cm,
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
v. 1560-1575

La Madeleine repentante

La Madeleine repentante, vue de face et à hauteur normale, frappe par ses proportions. Son torse et son cou, notamment, semblent allongés par rapport à la partie inférieure de son corps qui est peinte pour donner un effet de raccourci

Ricordo de La Madeleine d'Ottawa
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Ricordo de La Madeleine d’Ottawa
Plume et lavis avecrehauts sur papier bleu
32,5 x 21 cm
Hambourg, Galerie Hans.

Ricordo

Ce ricordo de La Madeleine repentante a été dessiné par un membre de l’atelier de Véronèse d’après l’œuvre peinte. Le ricordo ne présente pas les déformations physiques observables dans l’œuvre peinte. Le cou, le torse, les jambes et la grandeur des pieds prennent des proportions plus normales.
Véronèse aurait incorporé des distorsions précises à La Madeleine repentante en fonction de son emplacement dans le lieu auquel elle était destinée. De plus, le ricordo a été réalisé en fonction de ce point de vue précis.

Composite du tableau et du ricordo de La Madeleine repentante
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Composite du tableau et du ricordo de La Madeleine repentante

Composite du tableau et du ricordo de La Madeleine repentante

Cette image présente le ricordo superposé à la peinture d’Ottawa. La distorsion de la perspective du tableau, que l’on voit derrière le dessin, indique l’emplacement à partir duquel le dessin a été réalisé. Le fait de placer la toile de La Madeleine repentante de manière à simuler le point de vue qu’auraient les fidèles de l’œuvre en contexte et de superposer le ricordo à cette dernière permet d’observer une remarquable concordance entre les lignes du dessin et les lignes de la peinture. La seule déviation est l’ange situé légèrement plus haut. L’utilisation d’une feuille de papier plus petite que le format de la toile expliquerait cette différence.